Derrière le statut résident, la dérive budgétaire!

Jeudi dernier, la municipalité de Bastia a fait voter une délibération visant à instaurer un « statut de résident ». Sans fondement juridique et « illégale », de l’aveu même du maire, cette initiative a fait beaucoup parler, y compris dans les rangs de l’opposition municipale.

Pendant ce temps, une autre délibération passait presque inaperçue : la décision modificative n°1 du budget principal 2026.

Et pourtant, à la différence des débats sur le statut de résident, ses chiffres nous ramènent à une réalité autrement plus concrète : la dérive budgétaire de la Ville et les questions qu’elle soulève sur l’utilisation de l’argent des Bastiais.

Petit rappel

Au printemps dernier, la municipalité de Bastia a augmenté de près de 14 % le taux communal de la taxe foncière, procurant à la Ville environ 2,5 millions d’euros de recettes supplémentaires chaque année, à bases fiscales constantes.

Pour justifier cette augmentation, elle expliquait qu’il fallait poursuivre les investissements et financer les projets prioritaires du nouveau mandat. Elle s’était même engagée, dans son rapport d’orientation budgétaire, à préciser dans une décision modificative le coût de ces projets, leur calendrier et la part des nouvelles recettes fiscales affectée à chacun.

Six mois plus tard, la décision modificative présentée au conseil municipal du 8 octobre soulève bien des questions.

D’abord, les prévisions de recettes fiscales sont diminuées de 837 000 euros, sans que la municipalité précise quels impôts sont concernés. Dans le même temps, les charges de personnel augmentent de 280 000 euros, alors que leur maîtrise constituait l’un des piliers de la stratégie financière annoncée au printemps.

Mais le plus révélateur concerne les investissements.

La Ville retire 2,243 millions d’euros de dépenses d’investissement de son budget 2026, dont près de 2,1 millions de dépenses d’équipement. Plusieurs opérations sont reportées sur 2027.
En contrepartie, les subventions attendues sont réduites de 1,942 million d’euros, tandis que le financement prévu à partir du budget de fonctionnement diminue de 301 000 euros.

Le compte est exact : les 2,243 millions d’euros de dépenses retirées correspondent précisément à 2,243 millions d’euros de financements également retirés. Ces reports ne dégagent donc aucune marge financière supplémentaire dans le budget présenté.

Mais une autre question mérite tout autant notre attention : celle des recettes annulées.

Le budget primitif 2026 prévoyait 2,4 millions d’euros pour annuler des titres de recettes émis lors d’exercices antérieurs.
Après cette décision modificative, plus de 2 millions d’euros de crédits demeurent inscrits au chapitre des charges spécifiques, sans que leur utilisation soit détaillée.
Pour mesurer l’importance de ces sommes, rappelons que les annulations effectivement comptabilisées en 2025 ne représentaient que 192 000 euros et que le résultat annuel de fonctionnement de la Ville n’atteignait que 991 000 euros.

De quelles recettes s’agit-il ? De quelles années proviennent-elles ? Pourquoi leur annulation a-t-elle été envisagée ? Ont-elles contribué à présenter, lors des exercices précédents, des résultats financiers plus favorables qu’ils ne l’étaient réellement ?

Ces questions sont essentielles à la compréhension des comptes municipaux. Pourtant, les explications manquent.

Et nous voilà revenus à l’interrogation centrale : à quoi a donc servi l’augmentation de la taxe foncière ?
À financer les nouveaux projets promis aux Bastiais ou à compenser la dégradation des marges financières de la commune ?

La question est d’autant plus préoccupante que la municipalité prévoyait elle-même une épargne nette inférieure à 600 000 euros en 2028.
Et voilà qu’elle reporte des investissements vers des années déjà annoncées comme financièrement difficiles, sans actualiser sa trajectoire budgétaire.

Une chose reste certaine : les impôts, eux, n’ont pas été reportés à 2027. Les investissements, pour une partie d’entre eux, si.
Quant aux explications promises, elles se font toujours attendre.


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