Alors que la mission parlementaire conduite par le député Paul André Colombani poursuit ses travaux et auditions, nous continuons à analyser le marché des carburants. Notre objectif est d’offrir tous les éléments possibles à la réflexion collective.
L’idée nous est venue d’analyser comment le marché insulaire a réagi à la crise énergétique liée à la guerre en Iran.
Le choc arrive, les prix montent, l’écart se resserre
À partir du 28 février, on est dans un contexte de tension internationale et de hausse du marché. Dans cette première phase, les prix montent des deux côtés. L’écart Corse – Bouches-du-Rhône ne se creuse pas immédiatement.
Au contraire, pour le gazole, il tombe à un point très bas autour du 8 avril : 2.4 c€/L et pour le SP95 autour du 25 avril : 4.6 c€/L
Ecarts Corse – Bouches-du-Rhone hors TVA et hors accise
Chaque graphique montre l’evolution journaliere de l’ecart Corse – Bouches-du-Rhone en centimes par litre. Une valeur positive signifie que le prix corse, apres retrait de la TVA et de l’accise, reste plus eleve.
Source des donnees : prix-carburants.gouv.fr. Credit : carburantscorse.fr.
A cela plusieurs explications.
Tout d’abord, les prix corses sont déjà élevés. Comme nous l’avons déjà mis en évidence ; ils ne répercutent pas intégralement le mouvement amont. Cela signifie qu’il existe une capacité d’absorption dans le prix corse : autrement dit, le niveau de prix pratiqué avant la hausse contient déjà une marge suffisante pour amortir une partie du choc.
Ensuite, le bouclier tarifaire mise en place par le groupe Total a eu un effet régulateur bien plus important en Corse que dans les Bouches du Rhône.
En effet, en Corse, les stations non-Total sont plus souvent très proches d’une station TotalEnergies que dans les Bouches-du-Rhône. Le bouclier tarifaire Total avait donc, géographiquement, davantage de capacité à servir de repère local pour les prix des autres stations.
Influence du bouclier tarifaire de TotalEnergies sur les prix du reseau traditionnel
Fenetre commune : 13 mars au 6 avril 2026, pendant le plafond gazole TotalEnergies a 2,09 EUR/L TTC. Les courbes comparent le prix moyen TTC quotidien du reseau TotalEnergies classique et des stations hors Total.
Perimetre : lignes fiables, Gazole, stations autoroutieres BdR deja exclues dans la base. Total Access n’est pas inclus dans TotalEnergies classique ; hors Total designe toutes les stations non classees TotalEnergies.
Source des donnees : prix-carburants.gouv.fr. Credit : carburantscorse.fr.
Quand le marché se détend, les Bouches-du-Rhône baissent davantage
À partir du 8 avril, la cotation Rotterdam du gazole entre dans une phase de baisse. Les prix dans les Bouches-du-Rhône diminuent plus rapidement et plus fortement. En Corse, la baisse existe également, mais elle est plus limitée.
Résultat : l’écart entre la Corse et les Bouches-du-Rhône, hors TVA et hors accise (ex TICPE), repart à la hausse.
Il en est de même pour le SP95 : l’écart se creuse à nouveau depuis le 25 mai.
Pour aller plus loin, nous nous sommes intéressés à la marge apparente de distribution. Elle correspond à la part du prix à la pompe qui reste après déduction des taxes (TVA et accise) et du coût de référence du gazole (indice Rotterdam). Elle couvre l’ensemble des coûts de distribution (transport, stockage, exploitation…) ainsi que la rémunération du distributeur.
Pour information, l’indice Rotterdam est le prix de référence du marché de gros européen du gazole. Il reflète le coût d’approvisionnement des fournisseurs (Vito, TotalEnergies, ENI…) avant la revente aux stations-service.
La distribution du SP95 étant devenue marginale en Europe, son indice Rotterdam n’est plus publié. Il a été remplacé par celui de l’E10. Nous limitons donc cette analyse au gazole.
Depuis le 8 avril, la marge apparente du réseau TotalEnergies en Corse progresse beaucoup plus rapidement que dans les Bouches-du-Rhône. Au début de la crise, l’écart de marge apparente était tombé jusqu’à 1,4 c€/L. Depuis le 8 avril 2026, il se creuse à nouveau pour atteindre jusqu’à 24,2 c€/L.
Ecart de marge apparente du reseau Total
Ce graphique montre l’ecart entre la marge apparente TotalEnergies Corse et la marge apparente Total classique dans les Bouches-du-Rhone. Une valeur positive signifie que la marge apparente est plus elevee en Corse.
Sources des donnees : prix-carburants.gouv.fr et UFIP. Credit : carburantscorse.fr.
Le phénomène dépasse le réseau TotalEnergies
Alors que l’indice Rotterdam du Gazole passe de 1,08 €/L à 0,665 €/L entre le 8 avril et le 19 juin, la marge apparente du réseau Vito augmente de 53,6 % ( de 36,4 c€/L à 55,9 c€/L)et celle du réseau Eni de 47.6% (de 37,9 c€/L à 59,5 c€/L)
Quand le marché se détend après le 8 avril, la détente se transmet moins fortement aux automobilistes corses. C’est dans cette phase de baisse que l’écart se creuse.
D’ailleurs autour du 30 mars, il y a épisode ponctuel troublant, avec une hausse de marge apparente en Corse et de l’écart de prix avec le continent alors que Rotterdam ne l’explique pas clairement.
Pour eviter de surinterpreter les variations quotidiennes, les courbes affichent une moyenne mobile sur 7 jours. Au survol, la valeur du jour reste indiquee.
Sources des donnees : prix-carburants.gouv.fr et UFIP. Credit : carburantscorse.fr.
Conclusion
Notre précédente étude, portant sur près de 191 000 observations en 2025, montrait que plusieurs indicateurs indépendants convergent vers une concurrence par les prix moins intense en Corse qu’en comparaison avec les Bouches-du-Rhône.
La présente analyse apporte un éclairage complémentaire. En observant la réaction du marché corse lors d’un épisode réel de forte volatilité des cours du pétrole, elle montre que les hausses du coût d’approvisionnement peuvent être partiellement absorbées, tandis que les baisses sont répercutées plus incomplètement jusqu’aux automobilistes.
L’évolution de la marge apparente de distribution, qui augmente sensiblement davantage en Corse lorsque le marché se détend, est cohérente avec cette observation.
À mesure que les analyses se multiplient, les mêmes constats reviennent. Les explications ponctuelles deviennent de moins en moins convaincantes.
C’est désormais la nécessité d’une régulation des prix des carburants en Corse qui s’impose.
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