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Pendant que Rubis prospère, les Corses trinquent !

Analyse, action et transparence sur les carburants en Corse.

Alors que Rubis affiche sa bonne santé devant ses investisseurs, en Corse son réseau dit ne plus pouvoir tenir.

Le 8 septembre 2026, le groupe a annoncé pour le premier semestre un chiffre d’affaires de 4,068 milliards d’euros, en hausse de 24 %, un résultat avant intérêts, impôts et amortissements de 434 millions d’euros, en progression de 18 %, et un bénéfice net de 191 millions d’euros, en hausse de 17 %.
Rubis a même relevé ses perspectives pour l’année.

Aux investisseurs, donc, un groupe solide, rentable et confiant dans l’avenir.
En Corse, dans le même temps, on nous alerte sur des stations au bord de l’asphyxie, 400 emplois menacés et un risque de concentration accrue du marché.
Cette situation doit être prise au sérieux.

Cela fait huit années que nous travaillons sur le dossier des carburants et nous n’avons jamais considéré les stations-service comme le cœur du problème. Pour nous, il se situe en amont des détaillants.
Si des gérants sont réellement menacés de cessation de paiement, il faut préserver leurs entreprises, leurs salariés et un réseau indispensable à la vie quotidienne des Corses.
Nous ne devons pas opposer des Corses aux Corses.

Or c’est précisément ce qui risque de se produire.

Ce sont aujourd’hui les gérants des stations sous enseigne ViTO qui montent au front, exposent leurs difficultés et prennent le risque d’être désignés comme ceux qui voudraient faire payer davantage les automobilistes.
Pendant ce temps, Rubis reste largement en retrait.

Qu’ils aient été encouragés à se mobiliser ou simplement laissés seuls pour défendre leur survie, le résultat est le même : les stations sont jetées dans l’arène et encaissent la colère d’usagers déjà excédés, à juste titre, par le prix des carburants.

Or Vito Corse est une filiale de Rubis.
Si ses stations ne parviennent plus à vivre des prix actuels, alors il faut regarder ce qui se passe entre Fos et la pompe : à quel prix sont-elles approvisionnées ? Comment les marges sont-elles réparties ? Quel effort Rubis a-t-il déjà consenti pour soutenir son réseau ?

Au lieu de répondre à ces questions, un autre récit s’installe : le principal problème serait le bouclier tarifaire de TotalEnergies.

Parce qu’un opérateur maintient des prix plus bas, il faudrait finalement lui demander de les relever pour permettre aux autres réseaux de tenir.
Du point de vue du consommateur, le raisonnement est inacceptable.

Le bouclier de TotalEnergies protège ses clients, mais son effet dépasse ce seul réseau : des prix plus bas exercent une pression concurrentielle sur les autres enseignes.
Rubis lui-même reconnaît devant les analystes que cette politique tarifaire pèse sur ses performances.

Ce qui gêne la rentabilité d’un fournisseur peut donc protéger le pouvoir d’achat du consommateur. Et ce n’est pas au consommateur de compenser cette contradiction.

Selon les estimations issues de notre observatoire, pour un ménage possédant deux voitures et consommant deux pleins de 50 litres par mois et par véhicule, la hausse par rapport à 2025 représenterait déjà entre 480 et 1 200 euros supplémentaires par an.
Sans bouclier tarifaire, cette surcharge atteindrait environ 820 à 1 420 euros par an si les niveaux de prix actuels se maintenaient.

Dans la région métropolitaine qui connaît le taux de pauvreté le plus élevé, les ménages corses n’ont pas à financer le maintien des marges d’un groupe qui vient d’annoncer 191 millions d’euros de bénéfice net en six mois.

D’autant que Rubis n’est pas un acteur périphérique du marché corse.

Dans sa décision du 17 novembre 2025, l’Autorité de la concurrence a infligé 64,67 millions d’euros de sanctions à deux sociétés du groupe Rubis, dans le cadre d’une entente concernant l’accès aux dépôts pétroliers corses.
Cette décision rappelle une évidence : Rubis est un acteur central de l’approvisionnement pétrolier en Corse.

Avant de demander quoi que ce soit à l’État, aux contribuables ou aux automobilistes corses, Rubis doit donc commencer par dire ce qu’il est prêt à payer lui-même.
Qu’il rende publics les prix d’approvisionnement de son réseau, la répartition des marges, les soutiens éventuellement déjà accordés aux exploitants et le coût réel d’un dispositif permettant de préserver les stations.

Oui, il faut soutenir les gérants et les salariés dont l’activité est réellement menacée.
Mais il est hors de question que les stations servent de bouclier médiatique pendant que la maison mère reste à l’abri, et que les Corses soient appelés une nouvelle fois à payer.

Cette fois, Rubis doit sortir de l’ombre, ouvrir ses comptes et prendre sa part de l’effort.
Les Corses ont déjà assez payé.


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