Ainsi Bastia serait devenue une ville à ce point dangereuse… mais deux vols à la tire suffisent à défrayer la chronique.
Qu’on soit clair : ces faits sont condamnables et détestables. Mais le vol à la tire est à l’insécurité ce que l’égratignure est à la médecine d’urgence : un problème réel, pas exactement le signe d’un effondrement général.
Dans bien des villes, un tel fait divers passerait presque inaperçu tant les forces de l’ordre sont mobilisées sur des violences autrement plus graves.
Chez nous, en quelques heures, les auteurs présumés étaient interpellés. L’affaire a même été réglée si vite que beaucoup n’ont appris les faits qu’au moment des arrestations.
Et pourtant, cela suffit déjà à ressortir le vieux récit de la « violence importée » et du « avant c’était mieux ».
Ce qu’on a du mal à comprendre, c’est si par là on veut dire que cette violence devient acceptable lorsque les auteurs sont « des nôtres », ou si l’on prétend sérieusement qu’avant, cette insécurité n’existait pas.
Et de quel « avant » parle-t-on exactement ?
De celui où les maisons isolées, chez nous, en Corse, possédaient des meurtrières pour se défendre contre les bandits ?
Ou de celui, largement fantasmé, où les antivols et les autoradios extractibles n’existaient pas ?
Attiser la peur est une vieille mécanique politique. Machiavel écrivait déjà que celui qui contrôle la peur des gens finit souvent par contrôler leurs esprits.
Alors on transforme chaque fait divers en symptôme d’un prétendu basculement civilisationnel. Puis viennent les solutions miracles : toujours plus d’affichage sécuritaire, comme si Bastia était devenue le Chicago de la prohibition.
Et le premier pas pour attiser les peurs consiste souvent à caricaturer le débat : soit il faudrait nier toute insécurité, soit accepter sans recul tous les discours alarmistes.
Pourtant, personne ne conteste que le sentiment d’insécurité existe ni qu’il puisse être profondément ressenti. La vraie question est de savoir si l’on cherche à l’apaiser… ou à l’exploiter politiquement.
L’avantage, pour ces Eliot Ness de pacotille, c’est qu’ils parlent moins des vraies insécurités qui frappent notre société: l’insécurité sociale, l’insécurité médicale, ou encore la difficulté croissante de vivre dignement de son travail.
Ces thèmes exigent un travail qu’ils ne veulent pas fournir (à moins qu’ils n’en soient incapables)
S’il est des responsables politiques dont il faut se méfier, ce sont ceux qui, loin d’apaiser les peurs, les exacerbent pour asseoir leur légitimité.
Car quand la peur devient un programme politique, la sécurité finit souvent par n’être plus qu’un slogan.
Et ceux qu’ils prétendent défendre sont réduits au statut de bulletin de vote.
À vouloir additionner toutes les indignations du moment et toutes les postures électoralement rentables, certains finissent par cuisiner une véritable bouillabaisse idéologique : lourde, confuse et surtout indigeste.
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[…] Source Artia13 Fondateur de Artia13 City, média indépendant consacré à l’actualité, au décryptage géopolitique, aux sciences, aux technologies et aux enjeux de société. Auteur et créateur de contenus, je développe également des projets autour de l’éducation aux médias, de la lutte contre la désinformation et de la vulgarisation scientifique. Passionné par les voyages, l’exploration du monde et les innovations numériques, je travaille à construire une information accessible, moderne et sans filtre. View All Posts […]